Développeurs : Squaresoft (collaboration avec des personnels d'Enix), Square Enix
Supports : Super NES, PlayStation, DS
Date de sortie : 1995 (Japon, USA), 2009 (Europe)
Alors que la Super Famicom voyait sa suprématie mise à mal par l'arrivée des nouvelles consoles 32 bits fin 1994, la 16 bits de la firme de Kyoto continuera de longs mois à proposer des titres exceptionnels comme Donkey Kong Country 3, Dragon Quest VI ou encore Super Mario RPG. Mais parmis tous ces jeux accompagnant cette lente agonie, qui malgré leurs grandes qualités n'auront pas fait date, il fut un RPG basé sur les voyages temporels qui sera devenu quasi-instantanément et définitivement mythique, au point de susciter les passions encore aujourd'hui, quatorze ans plus tard. Ce jeu, culte s'il en est, n'est autre que l'exeptionnel Chrono Trigger. A l'occasion de sa récente réédition "deluxe" sur Nintendo DS, voyons un peu les raisons de ce succès... intemporel.

Chrono Trigger, c'est d'abord l'association magique, le temps d'un développement de jeu, de la crême des réalisateurs de jeux nippons et d'un célèbre mangaka. En chefs d'orchestre expérimentés, Hironobu Sagaguchi (Final Fantasy) et Yoji Horii (Dragon Quest), à qui le jeu doit son concept de voyage dans le temps, ainsi que trois autres scénaristes chargés des quêtes secondaires et de certains éléments du jeu. A la musique, Yasunori Mitsuda (Xenogears, Chrono Cross, Shadow Heart II...) marquera sa première bande-son majeur aux côtés de Nobuo Uematsu (Final Fantasy). Enfin, à la réalisation, Akihiko Matsui, Yoshinori Kitase et Takashi Tokit (Final Fantasy) accompagneront le fameux Akira Toriyama (Dr Slump, Dragon Ball), chargé du chara-design. Cette liste de nom à elle seule faisait rêver tous les connaisseurs, et baver les pauvres européens qui attendaient fébrilement une date sortie, qui se fit désirée plus longtemps qu'ils ne l'auraient pensés...

Comme je l'ai laissé entrevoir, Chrono Trigger est un RPG dont le scénario est basé sur le voyage à travers les âges. Si le concept peut s'avérer quelque peu simpliste et pas très folichon, il sera tout de même également à la base de Legend of Zelda : Ocarina of Time trois ans plus tard, et avait déjà donné lieu à la trilogie cinématographique des Retour vers le Futur dans les années 1980, preuve avec le recul que l'idée, à condition d'être bien maniée, offre de très nombreuses et intéressantes possibilités.
Le jeu commence de la façon la plus banale qui soit pour un RPG japonais : le réveil du héros qui dormait avec paresse bien au chaud dans son lit. Chrono, puisque c'est son nom, va ensuite se rendre à la faite du millénaire de la création du royaume de Gardia pour y rejoindre une amie d'enfance, où il fera connaissance de façon quelque peu brutale avec une jeune fille singulière, Marle. Après quelques mésaventures dues à la machine de téléportation de Luccas, l'amie de Chrono, notre jeune héros va se voir propulsé quatre cents ans dans le passé, au secours de Marle. J'arrêterai là mon petit teaser scénaristique, mais sachez simplement que le trio de départ va rapidement se rendre compte que le monde court à sa perte, et que leur avenir ne sera que sang et cendres, chose qu'ils décideront bien évidemment d'enrayer. Ce script, bien plus complexe qu'il en a l'air (surtout pour un jeu de 1995), sera le prétexte tout trouvé à la visite de différentes époques, de la préhistoire au futur post-apocalyptique, afin de pouvoir atteindre l'une des douze (!) fins du jeu (treize sur DS).

Sur la forme, Chrono Trigger s'en sort avec mention. Au cours des différents voyages des héros de l'histoire, le joueur va pouvoir découvrir différentes facettes d'un seule et même monde, via une carte exceptionnellement détaillée, sur laquelle les personnages se déplaceront et exploreront leur environnement, villages y compris. Car fait assez nouveau, point de changement de représentation lors des visites des villes, seuls les intérieurs ou les donjons donnant lieu à un changement d'écran, à l'inverse d'un Final Fantasy VI où les villes étaient représentées sur une map-monde par de petites icônes transportant l'avatar sur une carte plus détaillée. Si la carte de Chrono Trigger n'utilise pas le mode 7, elle s'avère plus belle dans n'importe quel RPG jusqu'alors, comme peinte à la main puis digitalisée. Mais cela demeure très en dessous du niveau graphique des zones de jeu proprement dites, qui sont pour la plupart du niveau d'un Seiken Densetsu III, ce qui n'est pas rien. Chaque feuille d'arbre a été dessinée, les cours d'eau sont d'une transparence limpide, les effets de brume et d'ombre très détaillés, les changement d'époque se permettent l'utilisation d'effets mode plein écran, les personnages sont très bien dessinés (bien qu'un cran en dessous de Seiken Densetsu III), et il n'y aura guère que les intérieurs de bâtiment et les animations un peu réduites de certains sprites pour donner un tout petit peu de grain à moudre aux esprits chagrins. Ainsi les environnements, bien que classiques, sont un régal pour les yeux et une véritable invitation au voyage virtuel, malgré l'absence de 3D en dehors de quelques effets spéciaux de combat et d'une course futuriste en mode 7.

Parlons en justement, des combats. Chrono Trigger se démarque là encore des autres RPGS de l'époque, avec des combats en tour par tour dynamiques à la Final Fantasy, mais non aléatoires et sans changement d'écran, à la façon d'un Seiken Densetsu, avec des ennemis déjà présents sur la carte que l'on pourra souvent éviter. Le système de combat lui-même dérive fortement de "l'Active Time Battle" de Final Fantasy VI, et se nomme fort justement "Active Time Battle version 2". Cela se traduit par une barre d'action progressant plus ou moins rapidement en dessous des statistiques de PV et de PM de chaque personnage, et qui ne le laisse agir qu'une fois remplie. Chose intéressante, il est possible de switcher à n'importe quel moment du jeu entre un mode "attente", qui gèle le temps tant qu'une action n'aura pas été lancée, ou un mode "actif", qui presse le joueur car les ennemis continueront à pouvoir agir. Mais l'originalité des combats de Chrono Trigger ne s'arrête pas sur à la présence des monstres et à cet ATB hybride. Pour la première fois dans un RPG, un système de combos à deux ou trois personnages fait son apparition. En effet, moyennant des PM pour chaque personnage impliqué et le nombre adéquat de jauges ATB remplies, le joueur pourra choisir, en sus des classiques coups spéciaux et sorts, d'effectuer des attaques en duo ou en trio, dévastatrices. Ce système nécessite de plus de faire tourner régulièrement les personnages combattants, les techniques associées ne se développant en effet qu'entre héros côtes à côtes lors des batailles.

Et nous voici fin prêt à aborder un autre point très important de Chrono Trigger : les personnages. Si comme dans tous RPG, on n'échappe pas à la myriade de PNJ clonés dans le but de peupler quelque peu les rues, les héros et méchants, eux, sont d'un charisme tout autre. La faute pour bonne partie au character-design absolument génial d'Akira Toriyama, dont le trait paraîtra quelque peu banal aux fans de longue date de Dragon Ball Z, mais qui donne un charme fou à tous les protagonistes bénéficiant de ses dessins. Chrono, Marle, Frog et Magus sont particulièrement réussis sur ce point et très marquants, bien qu'Ayla, Robo et Lucca soient tous aussi difficiles à oublier. Mais en plus de cela, chaque personnage possède d'un tempéramment certes stéréotypé à l'heure actuelle, mais très "manga" et bien défini, quand il n'a pas carrément une histoire propre, avec ses drames et ses mystères, portée par son propre thème musical.
http://www.youtube.com/watch?v=xeNkqEOQ15I
Voilà qui m'amène à la dernière partie de cet article sur Chrono Trigger, à savoir la bande son. Dantesque pour l'époque (elle tient sur trois CD), elle est l'oeuvre pour l'essentiel du jeune Yasunori Mitsuda, qui en raison d'un ulcère, se verra remplacé pour dix pistes par le célèbre compositeur attitré des Final Fantasy, Nobuo Uematsu. Jouant habilement sur les thèmes émouvants, dramatiques, enjoués ou épiques, et avec une qualité instrumentale poussée, les musiques de Chrono Trigger sont considérées avec autant de respect que celles de Final Fantasy VI, et font parti des meilleurs OST de la Super Nintendo. Certaines pistes se paieront même le luxe d'être présentes sur la cartouche sans être utilisée. Récemment, l'OST de Chrono Trigger et celle de sa suite, Chrono Cross, ont été réorchestrées par Mitsuda pour la tournée de concerts Play ! A Video Game Sympnohy. Un régal pour les oreilles, même quatorze années plus tard, lors de sa première sortie européenne, sur DS.
Chrono Trigger est donc de ces rares jeux que l'on qualifie sans aucune hésitation de merveilles, et qui non content de nous procurer un plaisir immense à jouer, se paie le luxe d'élever le jeu vidéo au rang d'art, à part entière au même titre que le cinéma, la musique ou la peinture.
VERDICT :




(CULTE)





(BON)












